Le Mosaïste

05 Mar 2019
Métiers

| Mosaïste | 

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Quand l'assemblage d'une multitude de pièces ne font plus qu'une

 

Le mosaïste coupe et assemble des tesselles en pâte de verre, marbre, grès… Il les fixe sur le support à l’aide d’un liant. La découpe et les couleurs créent un dessin et un rythme. On distingue la mosaïque de pavement (sols, bassins…) de la mosaïque murale. Rigoureux, précis, imaginatif, il travaille avec soin, patience, habileté et propreté pour réaliser le parfait assemblage des carreaux. D’une grande sensibilité esthétique, il est un véritable artiste dans l’élaboration de certains ouvrages de décoration !

Le support le plus courant est le mortier (sable et ciment) en raison de son faible coût et de son adaptation à différents environnements. On pose sur le mur un grillage, puis une couche de mortier d'au moins 13 mm d'épaisseur, ce qui protège la mosaïque des fissures. On peut également trouver d'autres supports comme le bois (on le rend hydrofuge grâce à un traitement chimique, ou en le plongeant dans de l'huile bouillante), le verre, les fibres de bois pressées et collées ou le contreplaqué (d'époque contemporaine).

Pour la découpe, on utilise généralement pour tailler les tesselles, soit une marteline (sorte de marteau aux deux extrémités pointues) assortie d'un tranchet (ou « taillant »), soit deux types de pinces spéciales, appelées respectivement « pinces japonaises », qui ont la particularité de ne pas se joindre à leur extrémité, et les « pinces à molettes ». Les deux types de pinces sont souvent actuellement renforcées en leurs extrémités par du carbure de tungstène (matériau très dur adapté pour la coupe du verre).

 

 

| 6 types différents de mosaïque 

 

  • la mosaïque grecque, faite de galets non-taillés ;
  • la mosaïque romaine, faite de pierre et de marbre, plus rarement de pâte de verre et de coquillages, elle revêt les sols et les murs ;
  • la mosaïque byzantine, puis vénitienne : faite d'émaux, de pâtes de verre, et d'or, elle est essentiellement pariétale ;
  • la mosaïque florentine : faite de pierres semi-précieuses extrêmement imbriquées les unes dans les autres. La technique a aussi été développée au XIXe siècle, en Russie, pour constituer la mosaïque russe, ou école russe de la mosaïque florentine ;
  • la mosaïque moderne : faite d'émaux vénitiens, de grès, de marbre, d'or, elle revêt les sols et les murs ;
  • la mosaïque contemporaine : faite de tous types de matériaux, elle s'applique à tous types de supports.

 

| Un peu d'histoire 

 

La mosaïque est née à Uruk, en Mésopotamie (de nos jours région d'Irak), il y a environ 6 000 ans ! Les mosaïques sont alors faites de cônes d'argile peints qui, assemblés, constituent des motifs géométriques.

 

Ensuite, chaque type de mosaïque vit son petit chemin et sa propre histoire .. 

 

| La Mosaïque grecque |

 

À ses débuts, avant d'être un art décoratif, la mosaïque grecque est utilitaire. On la trouve dans les pièces exposées à l'humidité en tant que pavement. La technique la plus ancienne, « opus lapilli », est constituée de galets non taillés noirs, blancs, orange, marron et rouges, quoi qu'ils soient souvent placés en dichotomie (contraste sombre/clair), rappelant les vases peints. On représente bientôt des scènes de la vie quotidienne, de chasse et des animaux. Les mosaïques du palais de Pella symbolisent l'apogée de cette technique, et on y observe des galets de terre cuite trempés dans du colorant, ainsi que l'utilisation de lames de plomb et de terre cuite pour cerner certains détails anatomiques. Les mosaïques ne sont plus uniquement destinées aux pavements, mais sont aussi pariétales. Elles sont devenues un mode de revêtement prisé utilisé pour la décoration domestique.

Au IIIe siècle, les tesselles composant les mosaïques commencent à être taillées à la marteline, et cette technique de taille sera employée ensuite pour toutes les mosaïques à l'époque romaine. C'est l'« opus tesselatum ». Une autre technique voit le jour, l'« opus sective », constituée de grandes plaques de marbre aux motifs géométriques, découpées selon le dessin.

Les techniques de mosaïque se développent essentiellement en Macédoine à l'époque hellénistique, mais elles se propagent sur tout le bassin méditéranéen, on retrouve donc ce type de mosaïque dans des villes égyptiennes.

 

| Mosaïque romaine |

 

Perfectionnée à Carthage, la technique de la mosaïque se généralise dans l'Empire romain à l'occasion des guerres Puniques.

La mosaïque était beaucoup utilisée pendant l'Antiquité pour la décoration intérieure des maisons et des temples, notamment de leurs murs ou de leurs sols (« tapis en mosaïque » à l'intérieur d'une pièce d'habitation antique, ou « paillasson en mosaïque » à son entrée). Elle nous est devenue particulièrement familière depuis la découverte des sites romains bien conservés tels que Pompéi ou Herculanum. Passant par différents styles, la mosaïque romaine sera utilisée durant toute la période de l'empire romain. Les mosaïques romaines sont faites essentiellement de marbres, mais aussi parfois pour partie de pâtes de verre ou de coquillages.

 

 

| Mosaïque byzantine |

 

Continuateurs des Grecs et des Romains, les Byzantins l'utilisent. A l'Oratoire carolingien de Germigny-des-Prés, on peut voir l'unique exemple existant encore en France d'une mosaïque inspirée de la mosaïque byzantine. Mais les deux grands lieux de la mosaïque byzantine sont Ravenne et Constantinople. La basilique San Vitale de Ravenne en est un bon exemple, ainsi que la basilique Sainte-Sophie de Constantinople. Les mosaïques byzantines sont essentiellement pariétales, et les tesselles d'or et de pâte de verre qui les composent ne sont pas posées de manière plane, ce qui crée de multiples reflets donnant une intensité particulière aux compositions.

 

| Mosaïque au Moyen Âge |

 

Au Moyen Âge, dans les zones qui ne sont pas sous influence de l'empire byzantin on préfère à la mosaïque les carreaux de céramique et plus particulièrement en Europe, les carreaux estampés moins coûteux, dans le Monde islamique, les carreaux de céramique lustrée. Cependant quelques exemples subsistent, aux techniques plus proches de la mosaïque romaine, comme les mosaïques de l'abbaye Notre-dame de Ganagobie.

 

 

| Mosaïque Renaissance |

 

Continuatrice de l'art byzantin, la Renaissance italienne l'emploie. Ainsi, nombre de représentations picturales ornant les murs de la basilique Saint-Pierre sont réalisées selon cette technique. Elle est à cette époque en concurrence avec la fresque. On souhaite à cette époque réaliser des mosaïques qui ressemblent le plus possible à la peinture : les joints séparant les tesselles sont infimes et les gammes chromatiques, avec l'apparition des émaux vénitiens, sont très étendues. On obtient alors des dégradés très subtils.

En Italie, la passion des Médicis, pour les objets en pierre semi-précieuse (onyx, jaspe, cornaline, améthyste, malachite, agate, marbre, lapis-lazuli) conduisit le grand-duc Ferdinand Ier de Médicis à fonder, à Florence en 1588, la Manufacture d’art spécialisée dans le travail des pierres dures. Dès la fin du xvie siècle, la mode se répandit des vases et du mobilier en pierre dure et s’affirmèrent le goût et la technique de la mosaïque florentine. La manufacture poursuivit son activité pendant plus de trois siècles, et est devenue le musée de la Manufacture de pierres dures de Florence. Des objets décoratifs en lazurite, issus de l'ancienne manufacture (vases, coupes, cruches), sont aussi exposés au musée de l'Argenterie, au Palais Pitti, à Florence.

 

 

| Mosaïque russe |

 

La technique florentine a été déclinée en Russie vers 1848, et adaptée par des maîtres lapidaires, pour le placage sur des objets d'art, de minces lamelles de pierres semi-précieuses, comme la malachite, le lapis-lazuli, ou la rhodonite.

Compte tenu de la richesse exceptionnelle des mines de l'Oural, en Sibérie, l'exploitation industrielle de la malachite, a permis de produire au XIXe siècle et en grande quantité, des objets d'art, afin de décorer les intérieurs d'immeubles, de palais ou de châteaux : la salle de malachite du palais d’Hiver, à Saint-Pétersbourg, la cathédrale Saint-Isaac à Saint-Pétersbourg, le Grand Palais du Kremlin, à Moscou, ou en France, dans le salon des malachites au château du Grand Trianon à Versailles. Les objets d'art étaient réalisés dans les trois manufactures lapidaires impériales, de Peterhof, Ekaterinbourg, ou à la Manufacture lapidaire impériale de Kolyvan.

 

| Mosaïque moderne |

 

La mosaïque moderne naît au moment de la construction de l'opéra Garnier avec les mosaïques de Giandomenico Facchina. Celui-ci réalise alors les mosaïques en atelier par technique indirecte. Les mosaïques sont ensuite collés aux supports (sols, murs). Ce travail en atelier permet de faire baisser considérablement le coût de production de la mosaïque. Par la suite les mosaïques se diffuseront partout en France et seront réalisées en grande partie par des artisans immigrés de la région du Frioul en Italie. Ces mosaïques sont réalisés en émaux de Venise et en marbre. Dans ce style de mosaïque moderne, on peut citer à Paris, le plafond de l'abside de la basilique du Sacré-Cœur de Montmartre décoré de la plus grande mosaïque de France, couvrant une surface de 475 m2, conçue par Luc-Olivier Merson et exécutée de 1900 à 1922 par les ateliers Guilbert-Martin. La mosaïque représente le Sacré-Cœur de Jésus glorifié par l’Église catholique et la France. On peut également noter la réalisation, entre 1933 et 1941, d'une grande mosaïque de 120 mètres carrés, décorant le chœur de la basilique du Sacré-Cœur de Marseille. Les cartons préparatoires sont réalisés par le peintre Henri Pinta.

En Italie les pinacles ou tympans des façades des basiliques de Florence, d'Orvieto et de Sienne en Italie, sont complétés de mosaïques au xixe siècle. Par la suite, le mouvement art Nouveau utilisera également la mosaïque en employant également la technique indirecte, mais en introduisant le grès et les émaux de Briare comme matériau composant les mosaïques.

Au début du XXe siècle, les artistes s'emparent également de la mosaïque comme Gustav Klimt (palais Stoclet à Bruxelles), ou Antonio Gaudí (Parc Güell à Barcelone).

 

 

| Mosaïque contemporaine |

 

La mosaïque contemporaine naît aux lendemains de la seconde guerre mondiale à Ravenne et est tout d'abord réalisée par des mosaïstes artisans réalisant des cartons de grands peintres comme Marc Chagall. Aujourd'hui la mosaïque contemporaine s'est affranchie de la peinture et nombre d'artistes dans le monde entier utilisent comme medium la mosaïque.

La mosaïque contemporaine prend de multiples formes, se mêlant parfois à d'autres medium, en France on peut citer Gerard Brand qui crée de véritables sculptures faites de mosaïque, ou encore Clément Mitéran qui imprime des photographies argentiques sur une surface faite de mosaïque. Dans ce cas, l'usage de techniques mixtes permet d’interroger et de faire dialoguer la valeur symbolique des différents medium. Ces références aux caractéristiques de la mosaïque ont amené l'artiste Invader à considérer le pixel comme tesselle et à diffuser (« envahir ») l'espace public de mosaïques inspirées du jeu vidéo Space Invaders.

Un autre courant de la mosaïque contemporaine use de matériaux qui ne sont pas traditionnellement utilisés dans la mosaïque : se mêlent alors papiers, déchets, métaux, et tout matériau pouvant être collé, fragmenté ou non. On peut à ce titre citer El Anatsui qui crée des œuvres constituées d'un assemblage de matériaux recyclés.

 

 

 

Article publié par l'Equipe Place de l'Artisanat

Sources : Recherches Google sur différents sites spécialisés

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